Sofia et le Rila
De la capitale Sofia à 550 mètres au monastère de Rila niché dans sa vallée boisée, une porte d'entrée qui mêle vestiges romains, fresques orthodoxes et plus hauts sommets des Balkans.
Sofia occupe une cuvette à 550 mètres d'altitude, adossée au massif du Vitocha qui culmine à 2290 mètres et que les habitants gravissent le dimanche en téléphérique depuis le quartier de Simeonovo. La capitale concentre 1,3 million d'habitants et garde la trace de chaque couche d'histoire : les vestiges de Serdica romaine affleurent sous la station de métro Serdika, l'église rotonde Saint-Georges du IVe siècle se cache dans la cour de la présidence, et la cathédrale Alexandre Nevski, achevée en 1912, domine encore le centre de ses coupoles dorées. Nous aimons commencer la découverte par le boulevard Vitocha en début de soirée, puis remonter vers Oborishte, quartier des ambassades aux façades Art nouveau, pour dîner dans une mehana servant de la chorba, soupe de tripes, ou des chushki byurek, poivrons farcis au fromage blanc.
À une heure et demie de route au sud par l'autoroute Strouma, le paysage change radicalement. Le massif du Rila s'élève d'un bloc, granitique et boisé de hêtres puis de pins de Macédoine. C'est le château d'eau de la péninsule balkanique : la Maritsa, l'Iskar et la Mesta y prennent leur source. Le Moussala, à 2925 mètres, est le plus haut sommet entre les Alpes et le Caucase. Nos voyageurs randonneurs y montent depuis Borovets en télécabine puis à pied en cinq heures aller-retour, avec une bascule possible vers le refuge Everest pour une nuit en altitude.
Le monastère de Rila, fondé au Xe siècle par l'ermite Ivan Rilski et reconstruit après l'incendie de 1833, se niche à 1150 mètres dans une vallée fermée. Ses galeries à arcades peintes de scènes du Jugement dernier entourent l'église de la Nativité-de-la-Vierge. Le monastère reste actif : une dizaine de moines y vivent, et nous arrangeons pour ceux qui le souhaitent une nuit dans les cellules austères de l'aile nord, avec dîner au réfectoire et office matinal à 6h. La route d'accès depuis Rila ville traverse 22 kilomètres de forêt domaniale où l'ours brun et le loup sont encore présents, sans être visibles pour autant.
Plus au nord-ouest dans le massif, les Sept Lacs de Rila forment un escalier de cirques glaciaires entre 2100 et 2535 mètres. On y accède en télésiège depuis Panitchichté, puis une boucle de quatre heures permet de tous les voir : le Larme, le Trèfle, le Jumeau, le Rein et les autres. La fraternité du Paneurythmie, mouvement spirituel fondé par Peter Deunov, s'y rassemble chaque 19 août pour danser en cercle au lever du soleil, spectacle étrange et paisible que nous recommandons pour qui passe à cette date.
Côté table, la région de Sofia mélange traditions de plaine et produits de montagne. Les marchés couverts de la capitale, notamment Jenski Pazar, vendent les yaourts de brebis du Rila, les fromages katchkaval affinés en altitude, et les pommes du verger de Kustendil un peu plus à l'ouest. Le vin local vient surtout de la vallée de la Strouma : melnik 55 et cabernet de Damianitza accompagnent bien les grillades. En hiver, la rakia chaude à la prune se boit dans les chalets de Bistritsa au pied du Vitocha, après une journée de ski sur les pistes d'Aleko.
Cette combinaison capitale plus haute montagne sacrée fait de Sofia et du Rila la porte d'entrée logique du pays. Les contrastes y sont nets en deux heures de route : tramways soviétiques et fresques byzantines, gratte-ciels d'affaires et bergeries de transhumance. C'est aussi la région où le bulgare moderne s'est codifié, autour de l'Académie des sciences fondée à Sofia en 1869, et où la mémoire du communisme reste lisible dans l'architecture monumentale de Largo et du Musée d'art socialiste, qui rassemble dans son parc les statues de Lénine et de Dimitrov déboulonnées en 1989.
À découvrir
Monastère de Rila et nuit en cellule. Galeries peintes du XIXe siècle dans une vallée à 1150 mètres, et possibilité de dormir dans une cellule monastique avec office matinal à 6h.
Randonnée des Sept Lacs de Rila. Boucle de quatre heures entre 2100 et 2535 mètres, depuis le télésiège de Panitchichté, à travers cirques glaciaires et pâturages d'edelweiss.
Serdica romaine sous le métro de Sofia. Vestiges du IVe siècle exhumés lors des travaux de la ligne 2, visibles librement sous la station Serdika, à côté de la rotonde Saint-Georges.
Ascension du Moussala. Plus haut sommet des Balkans à 2925 mètres, accessible en une journée depuis Borovets via télécabine puis cinq heures de marche.
Rassemblement du Paneurythmie le 19 août. Danse en cercle au lever du soleil sur les rives du lac Babreka, héritée du maître spirituel Peter Deunov, rare témoignage d'une spiritualité bulgare hors orthodoxie.
Quand y aller
La meilleure période pour combiner Sofia et le Rila s'étend de mi-mai à mi-octobre. Juin et septembre sont nos mois préférés : températures de 20 à 25°C dans la capitale, sentiers de montagne dégagés de neige, foule encore modeste au monastère. Juillet et août montent à 28-32°C à Sofia, parfois lourds, mais restent agréables en altitude où il fait 10 à 15°C de moins. Les Sept Lacs ne sont pleinement accessibles à pied qu'à partir de mi-juin, la neige tenant tard dans les cirques nord.
De décembre à mars, Sofia tourne autour de 0 à 5°C avec des épisodes à moins 10, et le Vitocha comme Borovets fonctionnent en stations de ski entre décembre et avril. Le monastère de Rila reste ouvert toute l'année mais la route peut être verglacée, et certaines randonnées d'altitude deviennent inaccessibles sans raquettes ou crampons. Novembre et avril sont les mois à éviter : pluies fréquentes, brouillards en vallée, refuges de montagne fermés pour entretien.
Conseils pratiques
Comptez au minimum trois jours pour Sofia et le Rila : une journée pleine dans la capitale, une journée monastère et nuit sur place, une journée randonnée aux Sept Lacs ou au Moussala. Cinq jours permettent d'ajouter le Vitocha et une escapade vers Koprivshtitsa, village musée à 110 kilomètres à l'est. L'aéroport de Sofia est desservi par la plupart des compagnies européennes et se trouve à 20 minutes du centre en métro ligne 1.
La région se combine logiquement avec Plovdiv et la vallée des Roses, à 1h30 à l'est par autoroute, pour prolonger vers la vieille ville ottomane et les distilleries de Kazanlak. Pour un circuit plus long, nous enchaînons ensuite sur Veliko Tarnovo et le Balkan central, puis les Rhodopes au sud. Le niveau de confort à Sofia est celui d'une capitale européenne classique, avec hôtels 4 et 5 étoiles et restauration variée. Au monastère et dans les refuges de montagne, l'hébergement est simple, propre, chauffé. Cette région convient autant aux contemplatifs amateurs d'art religieux qu'aux randonneurs qui cherchent une montagne accessible sans technicité.