Veliko Tarnovo et le Balkan central
Ancienne capitale du Second Empire bulgare, Veliko Tarnovo ouvre sur Arbanassi, Tryavna et les cols du Balkan central, montagne fraîche et villages d'artisans en pierre et bois.
Veliko Tarnovo s'étire sur trois collines au-dessus des méandres encaissés de la Yantra, à 220 km à l'est de Sofia. La forteresse de Tsarevets, reliée par un pont étroit à la vieille ville, abrita la cour des tsars bulgares du XIIe au XIVe siècle, jusqu'à la prise de la ville par les Ottomans en 1393. Nous accompagnons nos voyageurs dans les ruelles pavées de la Samovodska Charshia, l'ancien bazar où subsistent une vingtaine d'ateliers : potiers, cuivriers, fabricants de couteaux à Gabrovo, soufflage de verre. La ville compte 65 000 habitants et reste vivante grâce à son université, ce qui change l'atmosphère des cafés sur Stefan Stambolov.
À 4 km au nord, le village d'Arbanassi conserve quatre-vingts maisons fortifiées des XVIIe et XVIIIe siècles, construites par des marchands grecs et bulgares qui commerçaient jusqu'en Transylvanie et à Venise. L'église de la Nativité, basse et trapue pour échapper aux restrictions ottomanes, est entièrement couverte de fresques peintes entre 1597 et 1681 : près de 2000 scènes, dont une frise des philosophes grecs païens, rare dans l'art orthodoxe. Nous y entrons tôt le matin pour éviter les groupes venus en excursion depuis Veliko.
Le Balkan central, qu'on appelle ici Stara Planina, la Vieille Montagne, traverse le pays d'ouest en est sur 550 km. Le sommet du Botev culmine à 2376 m, dans un parc national strictement protégé où vivent encore quelques ours bruns et une importante population de chamois. Au sud de Veliko, le col de Shipka franchit la crête à 1150 m. C'est là que se sont déroulés en 1877 et 1878 les combats décisifs entre l'armée russe alliée aux volontaires bulgares et les troupes ottomanes. Le monument-mémorial, une tour de pierre haute de 32 m, se monte par 894 marches et offre une vue claire sur les deux versants par temps dégagé.
Sur le versant sud du col, le musée à ciel ouvert d'Etara reconstitue un village de la Renaissance bulgare avec des moulins, tanneries et forges encore en activité, mis en mouvement par les eaux de la Sivek. À une trentaine de kilomètres à l'est, Tryavna concentre depuis le XVIIIe siècle l'école de sculpture sur bois la plus aboutie du pays : iconostases, plafonds rosacés, coffres de mariage. L'église Saint-Archange-Michel et la maison Daskalov se visitent en deux heures, et nous prenons le temps d'un déjeuner à la table d'une famille qui prépare encore la kapama, un ragoût de chou et viandes mijoté plusieurs heures en pot de terre.
Le climat de la zone diffère sensiblement de la plaine thrace au sud : les forêts de hêtres et de chênes restent vertes jusqu'en octobre, les sources sont nombreuses, l'air plus frais en été. Les bergers d'altitude continuent de transhumer vers les pâturages au-dessus de 1500 m entre juin et septembre, et l'on trouve encore dans les villages de Bozhentsi ou Zheravna des fromages de brebis affinés en outre. Cette identité montagnarde, économiquement marginale aujourd'hui, explique le bon état de conservation du patrimoine en pierre et bois.
Veliko Tarnovo se prête bien à un séjour de trois nuits, base depuis laquelle nous organisons les excursions à Arbanassi, Etara, Tryavna et le col de Shipka, plus une journée pour les villages-musées de Bozhentsi et Zheravna si le voyageur s'intéresse à l'architecture vernaculaire. Les distances restent courtes, rarement plus de 90 km, sur des routes de montagne sinueuses où il faut compter 1h30 pour 60 km.
À découvrir
Forteresse de Tsarevets au son et lumière. La citadelle des tsars bulgares occupe une colline cernée par la Yantra. Certains soirs d'été, un spectacle de lasers et cloches retrace la chute de 1393 depuis les remparts. Compter 1h30 pour parcourir le site à pied.
Fresques d'Arbanassi. L'église de la Nativité abrite 2000 scènes peintes entre 1597 et 1681, dont une rare frise des philosophes grecs. La pénombre, l'absence de bancs et le sol de pierre maintiennent l'atmosphère d'un lieu encore en culte.
Col de Shipka et mémorial. Marche d'une heure de Shipka village jusqu'à la chapelle russe aux bulbes dorés, puis montée des 894 marches du monument du Botev à 1326 m. Les brouillards de fin d'après-midi sont fréquents dès septembre.
Ateliers de Tryavna. Sculpteurs sur bois encore en activité dans la rue Slaveykov, école fondée au XVIIIe siècle. Nous organisons une rencontre dans un atelier familial pour comprendre la technique des plafonds en rosace.
Village-musée d'Etara. Reconstitution d'un bourg artisanal du XIXe siècle où moulins, foulons à laine et forges fonctionnent encore à l'eau. Bon point d'arrêt avant ou après le franchissement du col de Shipka.
Quand y aller
La saison favorable s'étend de mai à mi-octobre. Mai et juin offrent une montagne très verte, des températures de 18 à 24°C en journée à Veliko Tarnovo, avec quelques orages d'après-midi sur les crêtes. Juillet et août montent à 28-32°C en ville mais restent supportables grâce à l'altitude (200 m pour Veliko, 1150 m au col de Shipka où l'on retrouve 20°C). Septembre et début octobre sont notre période préférée : air sec, forêts qui commencent à roussir, fréquentation en nette baisse après le 15 septembre.
De novembre à mars, le Balkan central reçoit régulièrement de la neige au-dessus de 1000 m, les cols peuvent être fermés quelques heures après une chute importante, et les sites de plein air comme Etara fonctionnent en horaires réduits. Décembre à février conviennent uniquement aux voyageurs intéressés par les ambiances hivernales urbaines à Veliko Tarnovo, avec des températures souvent autour de 0°C et des journées courtes. Avril reste pluvieux et les villages d'altitude n'ont pas encore rouvert tous leurs ateliers.
Conseils pratiques
Nous recommandons trois nuits minimum sur la zone, idéalement quatre si vous souhaitez intégrer Bozhentsi, Zheravna et une vraie demi-journée de marche dans le parc national. Le point d'entrée logistique est Sofia, à 2h30 de route par l'autoroute Hemus, ou un vol direct sur Bucarest puis traversée du Danube à Ruse (1h30 de Veliko). L'aéroport de Varna, à 3h sur la côte, fonctionne bien si l'on combine avec la mer Noire en fin de voyage.
La région s'articule naturellement avec Sofia et le Rila à l'ouest (compter une journée de transition par les monastères de Troyan ou Etropole), avec Plovdiv et la vallée des Roses au sud (3h par le col de Shipka, très belle route en juin pendant la récolte), et avec la côte de la mer Noire à l'est. L'hébergement va de la maison d'hôtes restaurée dans une maison de la Renaissance bulgare à Arbanassi, jusqu'à des hôtels 4 étoiles à Veliko Tarnovo. Cette région convient aux voyageurs intéressés par l'histoire, l'architecture vernaculaire et la marche modérée. Les familles y trouvent leur compte grâce aux distances courtes, et les randonneurs aguerris peuvent s'attaquer à l'ascension du Botev en deux jours avec nuit en refuge.